Au commencement, il y a un an déjà.

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Avant, j’étais aussi épanouie et insouciante que ces fleurs. Maintenant elles sont fanées.

Il y a un an maintenant, ma maladie pointait insidieusement le bout de son nez.
Tout d’abord par des crises d’hypoglycémie pas bien méchantes, au cours de l’après-midi, que je prenais à la légère et que je compensais en grignotant un gâteau ou un bonbon par-ci, par-là.
Puis, un besoin impérieux de prendre un petit-déjeuner dès mon réveil, alors que jusqu’à présent j’attendais le sacro-saint rituel du café pris en compagnie de mes collègues en arrivant sur mon lieu de travail.

Lors d’une banale consultation médicale au cours de laquelle j’évoquais avec légèreté ces possibles crises d’hypoglycémie, ma généraliste (une jeune interne que je ne remercierai jamais assez) me confirma leur présence et m’orienta vers le service d’endocrinologie d’un établissement de l’AP-HP.

Un rendez-vous plus tard et des prélèvements sanguins effectués, j’attendais le résultat patiemment. Visiblement, les crises d’hypoglycémie peuvent avoir différentes causes, dont une mauvaise alimentation et touchent soi-disant d’avantage les femmes.

En mon for intérieur, je savais bien qu’il y avait une cause plus profonde qu’un simple dérèglement alimentaire. Hormis mon mari qui s’inquiète rapidement, personne ne semblait vraiment être affecté par mon petit problème de fille, ce que je comprends. Le monde ne tourne pas qu’autour de ma petite personne. Aucun diagnostic n’étant posé, pourquoi s’inquiéter d’une petite crise d’hypoglycémie qui peut arriver à toute personne en pleine forme sautant un repas (même si je ne saute jamais de repas) ? Qui plus est, je sortais d’une année chargée, entre la naissance de mon bébé et les problèmes de garde, une mobilité professionnelle interne, un bilan de compétence mené en secret et cerise sur le gâteau, la préparation de notre mariage civil qui venait d’être célébré le mois précédent (le mariage religieux devant se tenir fin août).

Le rythme de tortue auquel j’avançais désormais pour effectuer mes dix minutes de marche à pied quotidienne après avoir emprunté le RER C a commencé à me mettre la puce à l’oreille. J’ai toujours considéré mes jambes comme mon principal moyen de transport et pris plaisir à avancer d’un bon pas.

Tout s’est aggravé avec ces crises d’hypoglycémie de plus en plus fréquentes, me jetant la nuit dans des états insupportables. Cet été là, il faisait très chaud, la fraîcheur de la nuit ne suffisant pas pour refroidir les murs de l’appartement.

Le verdict est très vite tombé, suspicion d’insulinome, qui allait être confirmé par la suite lors d’une hospitalisation comportant sa batterie de tests, imageries médicales, ponction du foie et épreuve de glycémie à jeun.

A ce moment de l’histoire, je devrais écrire que je me suis prise une gifle, qu’un gouffre s’est ouvert à mes pied, que mon monde s’est écroulé. Et puis non. J’étais bien contente de mettre un nom sur ce mal qui commençait à me ronger et de savoir que oui, moi aussi j’avais le droit d’être malade, une vraie malade pas pour de rire et que mes crises n’étaient pas une simple vue de mon esprit. Un peu une manière de remettre tout le monde à sa place. « Ah tu vois, tu ne me croyais pas, et bien en fait, j’ai une grave maladie, ce n’était pas du chiqué ! »

Je me souviens avoir appelé mes parents pour leur annoncer la nouvelle avec insouciance, non, non, ce n’était pas nécessaire qu’ils se déplacent pour une petite hospitalisation de contrôle, c’est une tumeur bénigne, pas un cancer, Stéphane est là, pas de soucis, il s’occupera de Roxane et ensuite je rentrerai chez nous.

Et finalement, l’avenir m’a prouvé que c’était plus compliqué que prévu…

Je t’ai aimé mon insulinome, tu m’as rendue importante en un sens, mais aujourd’hui j’aimerai bien que tu prennes l’initiative de me quitter, à défaut de ne pouvoir te quitter.

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