Je ne suis pas forte, je n’ai simplement pas le choix.

On me dit que je suis forte. Que tout le monde ne traverserait pas ces épreuves comme moi je l’ai fait et que certains auraient même tendance à s’enfoncer dans une sorte d’état dépressif.

Je n’en crois pas un traître mot.

Je pense surtout que j’étais au début totalement inconsciente, à défaut d’être insouciante. Je ne réalisais tout simplement pas combien cela allait être difficile et quel allait être mon chemin de croix.

Puis, il a bien fallu que j’ouvre les yeux, mais j’étais alors dans un piteux état sur mon lit d’hôpital. Je n’avais pas la force de m’apitoyer sur mon sort, juste d’avancer au jour le jour et sans me rendre compte de l’état de mon corps qui se détériore.

Il y a eu des hauts et des bas. Des larmes, de la tristesse, de l’incompréhension et de l’espoir aussi.
Je ne dirai pas qu’il y a eu déni, car j’ai toujours accepté ma maladie, peut-être un peu moins le fait d’être malade. Si je veux guérir, je n’ai pas le choix, il faut subir.

Le plus difficile à accepter, ce sont ces traitements aux effets secondaires dévastateurs qui ne s’avèrent finalement pas si efficaces. J’ai traversé des jours pas bien glorieux, me disant à quoi bon ? Ça n’a pas l’air si mal là-haut (ou en bas) puisqu’on ne souffre plus. Oui, je sais, je peux être égoïste.
Le médecin me dit un jour que je suis stoïque, et ce compliment me fait finalement plaisir. En fait, je commence à avoir l’habitude de l’hôpital et j’accepte certains soins et actes par fatalité ou habitude. Je ne suis plus pudique comme on peut l’être la première fois. Je ne vais quand même pas me rouler en boule sous le lit lorsque l’infirmière rentre dans ma chambre pour me perfuser. Et pourtant j’aimerai bien pleurer comme un petit enfant. Mais il faut bien que je me relève, mette un pas devant l’autre, et franchisse chaque nouvelle étape de mon nouveau traitement.

La douleur, également, m’est difficilement supportable. Je ne suis pas forte face à cette douleur que je n’arrive pas à canaliser même en gérant ma respiration. Je découvre certains effets de la morphine avec plaisir. D’autres beaucoup moins, tel que les hallucinations. Voir de grosses araignées grimper le long du mur ce n’est pas très marrant en fait.
Ma famille et mes amis me disent que je suis courageuse, mais ce sont eux qui sont forts en m’entourant de leur présence comme ils le font et en supportant mon absence.

Cela fait un an que ma maladie s’est déclarée. Ce n’est pas être forte que de ne pas vouloir être triste pendant une année entière, j’ai autre chose à faire ou à penser. La lutte contre cette maladie est une course de fond. C’est à la première de nous deux qui s’essoufflera.
Je ne prends pas ma maladie comme un combat à mener pour les autres. Je suis égoïste, je ne le fais que pour moi. Lorsque je n’en peux plus et que j’aimerai que tout cela cesse, je ne pense qu’à moi. Et lorsque je remonte la pente, je ne pense qu’à moi également. Pas à ma famille, à moi toute seule. C’est uniquement lorsque mon corps et mon esprit sont reposés que je me mets à penser à mes proches et à me projeter dans l’avenir.

À travers les vitres du taxi qui me ramène chez moi lors d’une permission, j’observe ces gens qui marchent dans la rue, qui vaquent à leurs occupations. Combien sont malades, combien le seront un jour ? Nul ne le sait, mais pour l’instant je les regarde tous avec envie. J’aimerai échanger leur vie contre la mienne, l’espace d’un instant.

Je ne suis pas forte, je n’ai simplement pas le choix. Si vous étiez à ma place, cela serait certainement pareil.

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