Les stigmates de ma maladie.

Cernes arbre

Crédit photo Wikipédia 

Quelle délivrance, cette chambre implantable ! Ou port à cath, ou PAC ou je ne sais pas trop quelle autre dénomination ce petit boîtier magique a.
En tout cas, grâce à lui, mes veines lui disent merci et mes bras aussi, ma seule crainte étant qu’il ne s’infecte et qu’on ne me le retire.

J’observe les traces laissées sur mes bras par les différentes perfusions et allergies au sparadrap, ainsi que cette zébrure faisant suite à ma première séance de chimiothérapie en intraveineuse (il y avait urgence) et je suis soulagée que cela soit un peu derrière moi. Un peu, car je dois toujours supporter les perfusions pour les scanners ainsi que les prélèvements sanguins.

Je scrute mon corps dans la glace et je contemple non pas les dégâts du temps mais les marques infligées par ma maladie, qui me font penser aux cernes d’un arbre.

Cette grande cicatrice verticale telle une frontière bien visible sur mon abdomen et qui m’empêchera peut-être à tout jamais le port du bikini, souvenir du mois de septembre 2013 et de ma splenopancratectomie gauche.
Ces petites cicatrices plus discrètes, souvenirs de mes drains, octobre et novembre 2013.
Idem à la base du cou, des petites marques, en hommage à mes deux KTC, mais qui s’estompent doucement.
En pointillés les marques du garrot réalisé après ma première chimioemnolisation en mars 2014 enrobent ma cuisse droite et mon dos. Heureusement, elles aussi s’atténuent avec le temps et disparaîtront en temps et en heure.
Et ces petits points rouges et autres bleus sur mes cuisses rythment mes journées en se formant après mes deux piqûres quotidiennes de Signifor / pasireotide.
Et que dire de ces dix kilos qui se sont envolés et qui me donnent un physique d’anorexique?

Même si le temps le recouvrira, mon crâne presque chauve et les cheveux qui repoussent tranquillement sont encore là pour me rappeler ma maladie, en cas de brutale amnésie de ma part. Je n’avais pas été prévenue que mes cheveux tomberaient lors de cette chimioembolisation. J’ai bizarrement vécu avec intérêt et curiosité la chute de mes cheveux et la tonte qui a suivie. Pour moi, il ne s’agissait que de la partie visible de l’iceberg et je n’aurai jamais pu m’infliger les douleurs liées au port du casque réfrigéré. Et paraît-il que cela me va bien.
J’apprécie toutefois que cette nouvelle chimiothérapie n’ait aucun effet sur leur repousse. Pour l’instant.

J’ai aussi des souvenirs plus gais, tels ces marques de vergetures, rappels de ma grossesse, de toute la joie et de ce bonheur attendu.

Moi 1

Je ne me sens pas triste face à ces outrages. Je regarde mon nouveau corps avec bienveillance, en espérant toutefois retrouver des formes harmonieuses. C’est peut-être un beau gâchis à trente deux ans, mais c’est ainsi. Le principal c’est de vivre, non ?

*****

Ndlr. J’avoue que le travail des socio-esthéticiennes du CEW rencontrées à l’AP-HP a contribué à me voir autrement qu’en un « simple morceau de viande ». Je prends plaisir voire même plus qu’avant à m’occuper de moi et de ma féminité en testant des soins et produits de beauté et en me chouchoutant.
La vie continue.

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