Avoir été, être, devenir.

« D’autres vies que la mienne ».

Cette phrase, je ne l’ai pas extirpée des méandres de mon imagination. Il s’agit du titre d’un livre d’Emmanuel Carrère dans lequel je me suis replongée récemment.

Livre et origami

Cette semaine je lis et je fais des origami 

C’est d’ailleurs avec cette œuvre que j’ai découvert cet auteur. J’ai depuis lu plusieurs de ses livres, et si je devais n’en citer qu’un seul, cela serait L’adversaire. J’avais emprunté « D’autres vies que la mienne » à ma mère il y a quelques années et je l’avais lu avec fortes émotions. Je gardais en mémoire ces témoignages de vie, notamment la première partie du livre relatant la perte d’un enfant lors du tsunami du mois de décembre 2004. J’avais lu la seconde partie avec intérêt mais je m’étais moins attachée aux deux protagonistes.
A l’époque je n’étais ni malade, ni d’ailleurs victime du tsunami, et il y a dans le monde tellement de cancéreux et si peu de tsunamis que je n’y avais pas accordé la même importance.

Je redécouvre ce livre aujourd’hui et il trouve un nouvel écho en moi. Entre temps, la maladie est passée par là et je suis venue grossir le rang des cancéreux.

Cette seconde partie relatant le cancer et le décès d’une des personnes raisonne plus fortement en moi, et le paragraphe relatif au livre de Pierre m’a frappé de plein fouet. Et moi, qu’est ce qui me défini aujourd’hui ? Suis-je une personne victime d’un cancer ou un « cancer ambulant » ? Quelle signification a Ma Maladie ? En la combattant, n’est-ce pas contre une partie de moi-même que je lutte ?

Ce dont je suis sûr, c’est que Ma Maladie a créé une fracture dans mon quotidien et m’a détournée de ma trajectoire, une ligne droite continue bien tracée. Mon emploi du temps était rempli mais le sens que je donnais à ma vie me semblait devenir bien vide. J’étais venue à bout de certains projets et je continuais à avancer tel un bon petit soldat en pleine représentation, sans oser m’affranchir d’une certaine liberté de ton. Certaines situations ne me convenaient pas et je n’osais me l’admettre. J’ai fait des choix raisonnés mais pas passionnés et je m’agitais en vain pour garder la tête hors de l’eau. Est-ce mon corps qui a déclaré que cela suffisait et qu’il fallait tout stopper avant que je n’implose ? Est-ce pour cela que Ma Maladie s’est manifestée à ce moment précis de mon existence ?

Je souhaite qu’il y ait dorénavant un avant et un après Ma Maladie.

En me laissant sur le bas-côté, Ma Maladie m’a permis de faire une pause dans le tourbillon de la vie. Une profonde remise en question s’impose, j’ai du temps pour réfléchir lorsque je ne suis pas fatiguée. Que dois-je accepter et refuser ? Quelles sont mes véritables priorités ? Comment est-ce que je souhaite transformer ma vision de la vie ?

J’ai décidé de vivre pleinement avec Ma Maladie, de l’apprivoiser pour mieux la combattre, même si elle m’handicape sérieusement et que parfois je la déteste. Cette épreuve doit être constructive, même si le rideau de fin peut tomber à tout moment.

Ma vie ne s’est pas encore arrêtée, elle a simplement changée. J’ai de nouveaux objectifs et projets. Peut-être ne s’accompliront-ils jamais en raison de l’avancée de Ma Maladie, mais au moins suis-je heureuse d’avoir trouvé une autre direction à suivre. Vivre plus sereinement, profiter de l’instant présent, porter un regard différent sur le monde. Je me remets en question en modifiant ma perception de ma relation à autrui. J’affine mon sens critique. Je me sens parfois seule car je ne souhaite pour l’instant pas partager cette impression très personnelle avec mes proches.

Certains m’ont dit que la mort d’Untel avait été le déclic leur permettant de changer leur vision de la vie. Je suis devenue mon propre déclencheur. La vie peut changer du jour au lendemain.

J’ai été, je suis, je deviens.
Ma Maladie. Ma Vie.

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Ndlr. Pour ceux que cela intéresse : http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-gout-des-autres_823666.html

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