Être adoptée, être maman, être malade.

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Je suis une enfant adoptée. Enfin, je suis une adulte adoptée aujourd’hui. Je l’ai toujours su, il n’y a de toute façon qu’à me regarder dans un miroir puis regarder mes parents pour se rendre à l’évidence. Je me suis faite à ma double identité même si cela n’a pas toujours été le cas au cours de mon enfance. Les enfants sont parfois terribles. Je suis coréenne, landaise, française. On prend le tout et on remue bien fort.

J’ai été à nouveau confrontée à la question de mes origines il y a trois ans, avec le décès soudain du petit frère d’une amie.
Une fois le premier choc passé -cela reste toujours un choc-, ma seconde réaction a été de penser que ses parents biologiques (sa maman, en fait) ne sauraient jamais ce que leur enfant était devenu. En faisant le choix de l’adoption, peut-être avaient-ils espéré lui offrir un avenir plus intéressant, du moins c’est ce que je souhaite de tout mon cœur. J’ai ensuite transposée cette question à ma propre histoire. J’ai un côté un peu égocentrique. Est ce qu’en Corée une maman autre que celle qui m’a élevée ici pense à moi, la chair de sa chair ? Me pleure t’elle et me pleurerait-elle si elle savait ?

Un soir d’hiver et de désœuvrement, j’ai découvert sur internet qu’il était facile d’obtenir son dossier d’adoption via la Holt et de partir sur place avec d’autres adoptés à la découverte de ses origines. Et pour les plus « chanceux » d’entre nous, une rencontre avec la famille biologique était envisageable.
Tout semblait soudain si facile, alors qu’entre la Corée du Sud et la France des années 80, il me semblait y avoir un véritable abîme. Pour moi, c’était comme chercher une aiguille dans une botte de paille.

J’ai ainsi pu en juillet 2011 être une des heureuse participante à un séjour de deux semaines en Corée du Sud, à Séoul et Jeju-Do, gracieusement offert par le gouvernement de Corée qui doit se sentir un peu coupable d’avoir abandonné bon nombre de ses concitoyens (sauf le billet d’avion quand même). C’est quand même à cause de lui qu’on m’accoste régulièrement pour me poser la fatidique question, « t’es chinoise ? ».

J’en suis revenue avec un sentiment mitigé, un peu de rancœur et beaucoup de frustration quant au traitement de mon dossier (finalement l’ère du tout informatique a du bon) et face au comportement étrange des « social workers », mais avec la joie d’avoir découvert la Corée du Sud et de mettre fait des amis de toute nationalité avec des yeux bridés. Ce que j’y ai trouvé m’a fait mal au cœur mais au moins suis-je allée au bout de ma démarche et une page de ma vie est désormais tournée. C’était une expérience intéressante, ne serait-ce qu’en écoutant la voix des autres adoptés. Je retournerai en Corée sans regret si je le pouvais, car ce pays -mon pays ? Non, pas vraiment- est quand même magnifique, surprenant et mérite qu’on s’y attarde, sauf pour l’enseigne Paris Baguette.

Quelques mois après mon retour en France, je tombais enceinte de ma petite fille. Il s’agissait d’un profond désir lié à la fin de ma recherche identitaire, du fruit de mon amour avec son papa -aujourd’hui mon mari- et du parfait timing au niveau professionnel -j’étais dans le creux de la vague professionnelle- pour donner à mon tour la vie à un enfant, mon enfant.

Puis, je suis tombée gravement malade et j’ai été bien embêtée, lorsqu’à la question « y a t’il des antécédents familiaux? », je n’ai pu que répondre que je ne les connaissais pas.

On m’a dit que ma maladie pouvait être héréditaire. Cela m’amène à me reposer des questions identitaires alors que je pensais avoir clôturé une fois pour toute ce chapitre.
Est-ce qu’un membre de ma famille biologique est atteint de cette maladie ? En est-il décédé aujourd’hui ? Je n’aurai jamais la réponse à ces questions et cela est peut-être mieux ainsi. J’espère simplement ne pas l’avoir transmis à ma petite fille. On veut transmettre des valeurs, une éducation, un patrimoine culturel ou financier mais certainement pas des gènes défectueux.

Est-ce que cela aurait changé quelque chose si j’avais su que je pouvais potentiellement lui transmettre ma maladie ?

Je ne le pense pas, car j’avais un besoin viscéral de donner la vie à mon tour, et de fonder avec son papa ma propre famille. Et je reste optimiste avec cette envie de « jouer ». Mais il n’empêche qu’aujourd’hui, avec les souffrances engendrées par ma maladie, je me pose la question, car on veut toujours le meilleur pour son enfant, et en ce moment, le meilleur que je puisse lui donner, ce sont uniquement des bisous et des câlins…et encore, lorsque je suis en forme.

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C’est plutôt elle qui me fait des câlins. Mais sans elle, aurai-je encore envie d’espérer ?

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