« La boule à zéro ».

« Est-ce-qu’il y a quelqu’un dans le service qui pourrait me tondre le crâne ? »

J’ai l’impression de ressembler à un cocker, avec mes cheveux qui recouvrent mes oreilles et l’arrière de mon crâne à moitié chauve. Doublé d’un rastaman car je n’ose pas brosser mes derniers cheveux et qu’ils se sont emmêlés en formant des sortes de dreadlocks.

L’alopécie a démarré il y a une dizaine de jours environ. Je m’en suis aperçue un soir en retirant énergiquement l’élastique qui retenait mes cheveux. Une poignée de ces derniers est venue avec. Je commence à tirer dessus, juste pour voir, et des petits cheveux me restent entre les doigts. C’est amusant, j’ouvre la main et je les regarde tomber par terre à côté de ma table de chevet. Bientôt un léger tapis se forme.

# La découverte de la chute des cheveux :

Je n’avais pas été prévenue que je perdrais mes cheveux après seulement une séance de chimioembolisation. Même le médecin a été surpris de voir que je réagissais aussi fortement au traitement (cela ne sera pas le cas des tumeurs, puisque ce traitement ne s’avèrera finalement pas très efficace).

Au début, j’ai l’espoir que la chute se stabilise. Il n’en est rien, comme l’atteste mon oreiller le matin, ainsi que le col de mes vêtements. C’est désagréable d’ailleurs. N’ayant pas été avertie, j’ai conservé mes cheveux long et ils se tricotent dans mon tee-shirt, mon écharpe, se logent dans le creux de la nuque, me chatouillent le cou. Je continue mon occupation préférée du moment, les retirer un par un et les laisser voltiger gracieusement jusqu’au sol. Jusqu’à ce que ma maman me dise que c’est un peu dégoûtant et que je me rende compte que la femme de ménage ne doit pas être ravie.

Au détour d’une permission, un coiffeur à domicile vient faire place nette. N’ayant jamais osé franchir le cap de la coiffure à la garçonne, c’est le moment idéal pour m’offrir une coupe à la Jean Seberg dans « À bout de souffle ». Mais le coiffeur, de bon conseil, m’en dissuade et me fait opter pour un petit carré court. En effet, à ce moment précis, les dés ne sont pas encore totalement jetés. Rien ne dit que la chute de cheveux va se poursuivre, et il est bon de garder quelques longueurs cache-misère (afin de cacher les trous, tout simplement). Le passage le plus compliqué du week-end aura été celui du lavage de tête, au cours duquel j’ai l’impression de jouer dans le remake du film japonais Ring, lorsque d’épaisses et longues mèches de cheveux mouillées me restent entre les mains.

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À mon retour à l’hôpital, tout se gâte et j’opte pour le crâne chauve, c’est la tranquillité assurée, je suis soulagée de retrouver une (absence de) coiffure décente.
Après les blagues d’usage -je ressemble à un bonze emmitouflée dans mon étole- mon entourage me rassure en me disant que cela me va bien, et je profite même de l’occasion pour me faire offrir un carré Hermès par mon mari. Je suis ravie (de mon carré).

# La perte des cheveux, est-ce la perte de sa féminité ?

Je n’ai pas si mal vécu mon alopécie, et ce pour différentes raisons. Dans l’imaginaire populaire, est associé à la chimiothérapie la perte des cheveux. On oublie seulement, ou on ne sait pas, que d’autres effets secondaires sont aussi dévastateurs. La chute de mes cheveux me semble être un moindre mal et je m’en soucie moins que de ne plus ressentir les autres effets indésirables, comme la mucite qui avait envahie ma bouche ou le syndrome main-pied.

Peut-être est ce du à mon âge -la trentaine- et à la mode capillaire actuelle où tout et n’importe quoi est autorisé, mais l’idée d’avoir le crâne chauve ne me dérange pas. La repousse est par contre plus contraignante, j’appréhende cette phase intermédiaire où la coupe ne ressemble pas à grand chose de très esthétique.

Je ne fais pas de mes cheveux, aussi beaux, épais, brillants et noir soient-ils un signe distinctif de féminité et un attribut de séduction. J’ai de la chance de mieux le vivre qu’une amie pour qui cela a été un véritable drame et que je n’ai jamais vue sans bonnet sur la tête.

Le plus gênant aura été ce passage à l’hôpital où ma tête ne ressemblait à rien et où il valait mieux me regarder de face que de profil.

Enfin, les cheveux ça repousse, on verra bien de quelles prouesses sera capable mon coiffeur et puis le casque réfrigérant, très peu pour moi. Vu ce que les soignants m’ont rapporté sur la douleur que le port du casque peut occasionner, non merci, en terme de douleur j’ai déjà donné.

Résultat des courses, je me retrouve avec un crâne nu. Je ne suis pas encore décidée. Dois-je le laisser apparent ou le camoufler ?

# Perruque, bonnet ou foulard ? Quels soins apporter à sa tête nue ?

Je ne veux pas de perruque, je suis catégorique. Il paraît que cela tient chaud, coûte cher car n’est pas entièrement remboursé par la sécurité sociale et surtout, je ne me vois ni l’enfiler tous les matins ni la laisser choir tel un raton-laveur mort dans ma salle de bain. Même si aujourd’hui elles sont de bonnes factures. Cela sera d’abord un joli foulard sur ma tête. J’ai amassé une jolie collection de carrés de soie grâce aux ventes qui ont lieu au travail. J’ai donc de beaux foulards en soie, mais les foulards en coton doivent aussi faire l’affaire, car la soie cela glisse et le nœud se détache et cela tient un peu chaud. Quel problème !

Je sors au début dans la rue avec mon foulard tout en craignant que les gens me regardent avec insistance et me prennent pour une musulmane pratiquante avec ma peau mate. Quelle idée ai-je eue !
Petit à petit, « j’oublie » mon foulard chez moi. Finalement, j’assume ma boule à zéro, et je me moque du regard des autres. C’est même pratique le matin de ne pas avoir de cheveux humides qui se glissent dans le cou.

# Côté soins :

Comme me l’a conseillé la socio-esthéticienne de l’hôpital, je continue à me masser la tête avec un shampoing doux (celui pour cheveux fatigués de chez Melvita qui sent délicieusement bon) et je l’hydrate voire la protège avec de l’écran total lorsque je sors à l’extérieur.
J’ajoute ensuite une belle paire de boucle d’oreille pendantes et un peu de maquillage si je suis en forme et c’est parti, la journée peut commencer ! C’est facile de mettre en valeur mes boucles d’oreilles puisque mes cheveux inexistants ne viennent pas les camoufler.

Résultat, au bout de quelques mois, mes cheveux repoussent. D’abord ceux qui ont juste été rasés et ensuite ceux qui étaient tombés. C’est encore un peu clairsemé mais prometteur. Je poursuis mon entretien avec des soins fortifiants pour cheveux et des gélules au zinc (quand j’y pense, car cela me fait encore avaler des médicaments). Je suis actuellement une nouvelle chimiothérapie et mon nouveau duvet ne retombe pas. Preuve que tous les protocoles ne sont pas synonymes de perte de cheveux. C’est encourageant.

Les cheveux courts, c’est aussi l’occasion de tenter plein de chouettes coiffures. Ça et avec la mode des chapeaux cet hiver, je prends la chose du bon côté.

Affaire à suivre…

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