Changements de statuts

Avant d’être malade, je faisais partie de ces jeunes femmes à multiple casquettes. Fraîche épouse, jeune maman comblée, salariée avec une situation correcte, bonne copine aimant ricaner avec ses amies, fan des activités manuelles, adepte du shopping, assoiffée de culture et de sorties en tout genre, un profil urbain passe-partout en somme….. Je ne voyais guère le temps passer. Je me plaisais à me glisser dans ma vie comme dans un gant bien ajusté. Je pouvais me contempler dans le miroir, fière de ce que j’avais patiemment construit, de ce que j’étais devenue au fil des années. Et le fil de ma vie s’est rompu.

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Des fleurs pour guérir et voir la vie en couleur

Ma maladie m’est tombée un beau matin sur le coin du nez sans prévenir, la malotrue, m’obligeant à revoir ma copie et à changer de statuts.

De salariée, je suis passée à salariée en arrêt longue maladie. Qui ne reprendra pas le travail de sitôt. Le travail ne me manque pas, la vie active et la fierté de gagner son pain quotidien, d’être autonome et indépendante d’avantage.

D’épouse, de maman, même si en soi je conserve ses deux titres, je suis redevenue petite fille dépendante de sa famille.

Tout d’abord je ne suis plus une épouse normale, je suis une épouse malade. Heureusement que j’ai l’amour de mon mari et qu’il ne m’a pas abandonné comme certains goujats peuvent le faire face à la maladie. Je lis toujours l’amour dans ses yeux alors que je me trouve monstrueusement laide, avec mes cicatrices, et ma peau sur les os. Essayer de ne pas culpabiliser alors que notre quotidien s’en trouve boulversé n’est pas chose aisée. Adieu les sorties en amoureux, les vacances toniques, les tâches partagées, la vie gaie d’un jeune couple ordinaire.

Ensuite, je suis redevenue une petite fille, ma maman accourant à bride abattue pour me soutenir dans mon combat. Ma maman s’occupe de mon propre enfant à ma place. Ma maman s’occupe aussi de mon mari, en gérant le quotidien, les courses, la cuisine, le ménage. En me maternant, en me permettant de survivre lors de mes séjours répétés à l’hôpital, en appelant le médecin lorsque je suis faible, en me relevant lorsque je tombe. En se levant la nuit pour vérifier que tout va bien. Ce n’est pas dans l’ordre des choses. Ce serait plutôt à moi de m’occuper de ma maman.

Ma maladie nous oblige à cohabiter tous les quatre dans un appartement parisien de deux pièces, déjà trop étroit pour un couple avec enfant. Il nous faut prendre nos marques, s’adapter à cette nouvelle vie qui devient notre normalité.

Enfin, je ne suis plus une maman en forme et épanouie, je suis une maman fatiguée qui regarde son enfant s’éveiller de loin.

Je culpabilise énormément de ne plus m’occuper de mon enfant comme une maman ordinaire. Je suis la maman allongée sur le canapé ou le fauteuil, qui ne donne plus le bain, ne change plus les couches, ne prépare plus à manger, ne donne plus à manger. Je me contente lorsque je suis en forme de lui lire des histoires, lui chanter des comptines, lui faire des bisous et râler car elle fait trop de bruit lorsque je suis fatiguée.

Avoir un deuxième enfant ? La question ne se pose même plus en raison de ma maladie. Le sentiment de passer à côté de la petite enfance de ma fille se fait de plus en plus présent. Lorsque je suis allongée et épuisée je m’en moque, mais dès que la raison et la forme me reviennent, j’éprouve de la culpabilité à son égard. M’en voudra t’elle plus tard de ces jolis moments que nous n’avons pas passé ensemble, elle et moi ?
La voir appeler d’avantage son papa qui a pris le relais me fend le cœur et une pointe de jalousie naît en moi.
Quels souvenirs lui resteront de cette période plutôt longue, ma maladie ayant décidé de prendre racine, trouvant mon corps accueillant ?

Il n’est pas évident d’accepter ce changement de statuts inopiné et de voir s’écrouler ses rêves et beaux projets. Heureusement, j’ai de la ressource et j’espère que je saurai rebondir comme une balle de flipper.

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J’ai été gâtée pour mon anniversaire

L’enseignement que j’en tire c’est que l’on est jamais entièrement maître de sa vie, que parfois celle-ci vient nous rappeler que c’est elle qui décide. Il nous faut alors l’accepter et s’adapter pour mieux se battre contre la maladie et ne jamais baisser les bras trop longtemps, sous peine d’être englouti.

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