Hurler de douleurs.

Les publicitaires veulent nous faire croire que nous hurlons régulièrement de plaisir. Ils aiment représenter des femmes s’extasiant seules ou avec des comparses devant une nouvelle paire d’escarpins, un it-bag ou des vêtements de créateurs, voire même une voiture de location pour les « mamans qui déchirent » ou un énième produit de consommation à posséder absolument dans son placard. Ces publicités ont un caractère ridicule et sexiste, même si elles essaient de nous amuser et de nous convaincre de faire partie intégrante de cette magnifique société de consommation dans laquelle nous évoluons. Je ne me retrouve ni moi ni mes amies dans cette excitation, même lors d’achats en vente presse de vêtements de ma marque préférée, Ba&Sh. Je sais me tenir. Dans la catégorie des hurlements, on retrouve aussi le concept -dit culturel- américain des « Woo Girls » mais cela c’est une autre histoire !

Fin de l’aparté.

À l’opposé, j’ai découvert cette semaine à mes dépens qu’il était fort possible de hurler de douleur. Littéralement. J’avoue mon manque total de retenue en l’occurrence.
Cette notion se rapproche d’avantage de la définition donnée par le Larousse sur internet du verbe hurler. Hurler, c’est notamment « émettre des cris violents, sous l’effet de la douleur, de la terreur, de la colère. Exemple, hurler de rage ».

Je m’étais déjà tordue de douleur cet été, lors de mon admission en urgence à l’hôpital, à l’occasion de douleurs intenses au niveau du foie. J’ai dorénavant atteint le niveau supérieur, le hurlement de douleur.

Quelle est la source de ces douleurs ? La maladie, certes, mais plus précisément, sont-elles la conséquence malheureuse de ma splénopancréatectomie, ou bien tirent-elles leur origine dans ma nouvelle chimiothérapie ? Certainement un cumul de facteurs qui créent un cocktail explosif. Si je réussissais à détecter « l’origine du mal », cela me permettrait peut-être de lutter plus efficacement contre mes douleurs. J’éprouve des difficultés à en retracer l’historique.

Depuis mon opération chirurgicale, j’ai connu bien des épisodes douloureux mais j’ai l’impression qu’elles se sont installées avec le temps et ont évolué pour atteindre leur paroxysme aujourd’hui.

Pas un jour ne se passe sans que je ne sois la victime de douleurs, que je soulage avec plus ou moins de succès grâce à quelques trucs et astuces que je tente au petit bonheur la chance :

# Contrôle de ma respiration pour encadrer et bouter hors de mon corps la douleur, grâce aux cours de sophrologie du médecin de la douleur de l’hôpital (pour ceux qui ne le savent pas, il existe bel et bien un médecin de la douleur, le mien est rattaché au service d’oncologie. Il s’agit souvent de médecins anesthésistes pour ce que j’en sais et qui évoluent au sein de l’hôpital),

# L’utilisation d’une autre technique que j’appellerai de l’auto-hypnose, même si le terme est certainement inexact. Il s’agit cette fois-ci de faire naviguer mon esprit vers un environnement dans lequel je me sens bien car dans mes souvenirs, des moments heureux y sont attachés. Ceci afin d’oublier cette douleur qui me ronge de l’intérieur,

# L’acupuncture, à raison d’une séance toutes les deux semaines, avant ma chimio. Je ne sais pas si cela s’avère réellement efficace car mes douleurs sont toujours présentes, mais je tente. Ce qui ne fait pas de mal ne peut que faire du bien, au moins au moral, car j’ai ainsi l’impression de me retrousser les manches pour combattre ma douleur par tous moyens,

# L’usage du TENS, appareil de neurostimulation électronique transcutanée. Il s’agit de leurrer le cerveau en lui envoyant un signal (courant électrique d’intensité variable et supportable évidemment) via le système nerveux et qui va avoir pour effet de masquer la douleur existante. Le cerveau va se concentrer sur la sensation apportée par ce courant électrique en occultant ainsi l’autre douleur.

Pour des explications plus précises sur le TENS, cela se passe ici ou.

# L’utilisation d’une poche de thermogel bien chaude que j’applique sur la zone douloureuse me procure un apaisement temporaire,

# Et surtout la prise quotidienne -matins et soirs- des différents morphiniques (également appelés stupéfiants par les infirmiers, je trouve cela amusant), auxquelles s’ajoutent les inter-doses au cours de la journée. Il faut être honnête, sans ces médicaments, je ne tiendrai pas la route.

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Ma « boîte à bonbons » et ma trousse Birchbox avec une inscription qui prend tout son sens ici !

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Dattes à la pate d’amande préparées pour Noël. Dommage que cela ne soit pas efficace contre la douleur

Ces douleurs abdominales auxquelles je suis régulièrement sujette se traduisent par des spasmes très fort. Cumulées sur une journée, elles représentent l’équivalent de deux heures de temps perdu. Ça, plus la fatigue qui vient se surajouter. Prévoir une balade en amoureux, une sortie au restaurant ou même la visite d’une amie me rend hésitante et peureuse car mes douleurs sont d’intensités variables et me prennent en traître. Je me replie sur moi-même et ne supporte plus de parler à quiconque. La crise, une fois passée, me laisse pantelante, exsangue, alanguie dans mon fauteuil les yeux fermés et la main posée sur mon bas-ventre, attendant que la douleur décroisse lentement. La vague se retire en laissant derrière elle les déchets charriés par la mer. Je réussis vaillamment à y faire face et j’apprends telle une sioux à guetter sa venue.

Médicaments en inter-dose + respiration maîtrisée = le combo parfait.

Il n’empêche que ces derniers jours, mes douleurs ont été d’une rare intensité, si bien que mes aides habituelles n’ont pas eues l’efficacité escomptée.

J’ai eu l’impression de revivre mon accouchement sans péridurale puissance dix. Comme si au lieu de s’amenuiser, chaque contraction n’en faisait qu’une et se poursuivait sur la durée.

J’ai hurlé au point d’en réveiller mon enfant et de la faire pleurer, d’inquiéter ma famille impuissante face à ma souffrance, de frapper les murs avec mes poings, de me taper la tête contre les murs ainsi ma mère qui venait me soutenir, de rejeter mon père.

J’étais inconfortable quelque soit la position prise, mon cœur battant la chamade, une bouffée de chaleur m’envahissant, mes membres s’agitant dans tous les sens comme ceux d’une poule affolée, perdant la maîtrise de mon propre corps, avec la sensation de faire un malaise. J’avais envie de mourir aussi sec.

La douleur irradie jusque dans le bas de mon dos et rien ne peux la calmer tant que l’élément qui la provoque ne s’est apaisé. Puis, son intensité diminue et s’estompe lentement, jusqu’à ce qu’une prochaine vague (rouleau, plutôt) n’arrive en force et ne me retourne dans tous les sens.

Quand enfin la crise est totalement terminée, les douleurs sont toujours présentes mais un peu plus supportables. La morphine injectée par l’infirmière de garde me permet de trouver rapidement un sommeil libérateur. Je suis épuisée par la bataille menée.

Me remémorer cet épisode douloureux et le coucher sur le papier -l’écran- me fait pleurer, et ne serait-ce qu’y penser m’angoisse.

Quel triste souvenir.

J’appréhende depuis chaque nouvelle journée la peur au ventre, craignant tout nouvel épisode douloureux de cet acabit. J’en viens même à être heureuse de n’avoir eu que des douleurs classiques.

Comment mener une vie normale puisque mes douleurs surviennent de manière totalement anarchique ?

Je ne souhaite à personne de vivre cette drôle d’expérience.

J’espère trouver la clé qui me permettra de ne plus jamais avoir aussi mal.

Une vie sans douleur, n’est-ce pas le début de la zénitude ?

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