Et vous dans tout ça ? (#Les autres / Sophie)

Voici le témoignage de Sophie, l’un de mes deux témoins de mariage. Autant vous dire que comme mon amie Caroline, elle compte énormément pour moi et son amitié m’est précieuse !

Sophie_les autres

Sophie et moi, c’est une belle et improbable rencontre qui date de notre année universitaire 2004. Nous nous sommes d’abord regardées en chien de faïence, jusqu’à ce qu’un point commun nous déride (Dax, notre ville d’origine), sur le canapé d’un dénommé Sébastien l’agenais (oui, il vient d’Agen) qui a d’ailleurs depuis disparu de nos vies respectives. Nous avons partagé de très bons moments toutes les deux, et lorsque j’y repense, qu’est-ce qu’on a rigolé (et parlé sérieusement aussi) ! J’ai eu peur que nous ne nous perdions de vue lors de son départ en Australie pour effectuer un VIE, mais bien au contraire, si nous nous sommes éloignées géographiquement, c’était pour mieux se retrouver à son retour en France. Sophie a été présente à certains moments importants de ma vie. Sans elle, je ne serai certainement pas mariée à Stéphane aujourd’hui, donc je lui dois une partie de mon bonheur actuel. A l’annonce de ma maladie, elle a toujours été présente, fidèle parmi les fidèles. Et je constate que nous partageons les mêmes impressions :).

Allez, trêves de bavardages, c’est à Sophie de s’exprimer.

« Magali, c’est un coup de foudre amical. Je me souviens de notre première rencontre comme si c’était hier. Une évidence. Et maintenant, 10 ans après c’est toujours ce sentiment qui domine. Tu fais partie de mon paysage d’intimes, de ces personnes sans qui ma vie serait moins rose et qui, même si je ne les vois pas souvent, sont toujours dans mes pensées.

Quand je pense à tous les moments que nous avons partagés ensemble, c’est naturellement un sentiment de gaîté et l’envie de rire qui me viennent à l’esprit.

L’annonce de ta maladie a donc été comme un véritable couperet au milieu de ces rires.

Je me souviens très précisément des débuts; tes crises d’hypoglycémie à répétition, ton extrême fatigue, tes premières analyses, mauvaises, le diagnostic et ensuite la spirale que je qualifierais d’infernale…

La première chose que j’ai ressentie ce fut de l’incrédulité mélangée à un sentiment d’injustice. Comment était-ce possible ? Pourquoi toi ? Pourquoi ça ? Pourquoi maintenant, à l’aube de ta nouvelle vie d’épouse et de mère ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi… Je savais la vie belle mais aussi injuste et maintenant que cette injustice frappait au sein de mon cercle le plus intime, je prenais la mesure de l’équilibre fragile sur lequel reposaient nos vies respectives.

Ce sentiment a vite cédé la place à de l’impuissance. Je n’ai jamais été confrontée à la maladie d’aussi près et je me suis sentie démunie.

Que pouvais-je faire, à part être là, disponible, sans m’imposer, sans poser trop de questions sur ce mal qui t’habitait et qui m’était inconnu.

Je me souviens de soirées passées sur internet à rechercher « insulinome », « cancer », « pancréas », « foie », « tumeur », à lire des témoignages dans des forums, je me souviens de questions posées à du personnel médical au sein de mon entourage, pour essayer de comprendre ce que tu traversais, me préparer à t’acompagner et me rassurer quelque part aussi.

Je me souviens également de numéros d’équilibriste entre ces moments difficiles où je ne voulais pas te brusquer, t’assaillir de questions quand tu me parlais de tes traitements et de ta souffrance quotidienne et ceux, privilégiés où ton mal devenait invisible comme étouffé pendant quelques instants, par nos conversations de filles, futiles mais tellement oxygénantes.

Mais le sentiment qui m’accompagne le plus depuis plus d’un an quand je pense à tout ça, à toi, à ta famille, c’est une profonde tristesse. Je me souviens de retours de l’hôpital en larmes dans le métro, de la douleur sur ton visage, de celle de tes proches, de la valse des infirmiers et de leurs piqûres. Toute cette violence que tu dois encaisser tous les jours avec courage, même si comme tu me l’as souvent dit, ce n’est pas du courage, tu n’as simplement pas le choix.

Et pourtant… Pas une fois je ne t‘ai vue en colère, pas une fois tu ne m’as fait ressentir que j’avais de la chance, que mes problèmes étaient infimes comparés aux tiens. Ce sentiment qui serait humain et légitime dans de pareilles circonstances, ne semble t’avoir jamais effleuré l’esprit.

Je ne parle qu’en mon nom mais j’ai l’impression que tu rends les choses si faciles pour tes proches que je suis d’autant plus bouleversée quand je te sais déçue par l’indifférence et la maladresse volontaire ou non d’amis disparus en cours de route.

Ces derniers mois, la notion d’amour que l’on porte à ses proches et des devoirs que cela nous confère a pris tout son sens pour moi. Je serai toujours là, pour te tenir la main, pleurer avec toi, rire avec toi et avancer dans la vie peu importe ce qu’elle nous réserve.

Sache que mon soutien est indéfectible et que 600 kms n’y changeront rien. »

Merci Sophie, pour tout. Tout simplement. Je te rassure, nous partagerons encore de nombreux fous rires. Et puis je peux bien l’avouer, cela m’arrive aussi d’être en colère, envieuse de la vie que mènent les autres, même si je ne le fais pas ressentir à tout le monde.

En conclusion, cela va sembler obscur à beaucoup, mais quand une baraque à frites bordelaise rencontre les 2be3 et leur fidèle Dédé, cela donne une joyeuse amitié ! Rien que pour cela, je lève mon verre (ma tasse d’infusion) à leur santé.

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