Et vous dans tout ça ? (#Les autres / Marion)

Je poursuis sur ma lancée avec la publication d’un troisième témoignage, celui de Marion, qui m’a d’ailleurs inspirée la création de cette rubrique, en m’expliquant qu’il n’était pas évident pour elle (et par extension pour mes proches) d’exprimer ses sentiments à mon égard.

Marion était au départ une simple collègue parmi tant d’autres, puis elle a su très vite gagner ma confiance et même plus, puisqu’aujourd’hui je la considère comme une véritable amie. L’adage « pour vivre heureux, vivons cachés » s’associe parfaitement bien à l’image que je me fais du monde de l’entreprise. Je me suis toujours méfiée à raison, des ragots et des collègues nuisibles. J’ai donc mis du temps à lever mes barrières.

Pour en revenir à elle, Marion est une personne avenante, avec le cœur sur la main et qui, quand elle aime, pense beaucoup trop aux autres au détriment d’elle-même. D’ailleurs, je ne me trompe pas en disant qu’elle fait l’unanimité chez A***, notre employeur, ce qui reste quand même un exploit, chapeau bas ! Marion m’a très gentiment accueillie à mon arrivée chez A***, en juin 2007 (le stress de déjeuner seul et de ne pas être populaire est le même que celui que l’on peut retrouver au lycée, merci de me l’avoir évité). Je dois également remercier la RATP pour ses grèves au cours de l’année 2007 ainsi que la Mairie de Paris pour la mise à disposition de ses Vélib’, qui nous ont permis de faire connaissance lors d’un trajet épique puis de réellement nous découvrir autour d’un verre, car il faut bien l’avouer, avec mon comportement étrange au boulot (lié à ma défiance envers mes collègues) qui me faisait raconter tout et son contraire, ce n’était pas gagné d’avance !
Sans doute aussi que le fait que nous sommes toutes deux originaires de province, que nous résidons dans le même quartier -au sein de notre 11ème arrondissement adoré- avec un mode de vie similaire (à l’époque, deux jeunes urbaines voulant profiter de tout le champ des possibles que leur offre la Ville Lumière en terme de sorties, culture, promenades, shopping) n’est pas non plus étranger à la naissance de cette belle amitié.

Toujours est-il que je sais aujourd’hui que je peux compter sur sa présence au moindre pépin et je lui suis reconnaissante de partager avec moi les bons et les moins bons moments.

Le témoignage de Marion :

« Écrire ces quelques mots pour partager comment je vis ta maladie n’est pas chose aisée car cela demande de se livrer mais également de se remettre en question sur sa propre attitude. J’avais commencé par une approche chronologique mais Caroline m’a devancée alors voici une approche par thème…

L’avant

Je me souviens encore de ces trajets en métro ou tu me disais avoir du mal à mettre un pied devant l’autre. Cela ne m’inquiétait pas outre mesure après la préparation d’un mariage et une petite Roxane demandant de l’attention. Et je me souviens aussi du jour où un premier diagnostic a été posé et que cette fatigue n’était plus désormais qu’un symptôme d’une maladie bien étrange à mes yeux car inconnue. Un jour je t’ai dit que chaque matin je te guettais sur le quai du métro et tu m’as dit que je ne t’y reverrais sans doute pas avant longtemps… C’est sans doute la première fois que j’ai pris la mesure des choses.

BÉNIN !!!

J’ai fini par détester ce mot qui a envahi mon esprit sans doute dans l’espoir de me soulager mais dire que ce que tu avais était bénin était vraiment hors de propos. La définition de bénin dans le dictionnaire c’est : »qualifie une maladie qui évolue de façon simple et sans conséquence grave vers la guérison ». Balivernes!!! Il n’y a rien de bénin dans le mal qui te ronge et j’ai mis trop de temps à le comprendre et ce jour la je me suis pris une de ces claques… Comment avais je pu me leurrer si longtemps? Oui certains moments avaient été très durs mais bon c’était bénin ça allait forcément aller mieux! La prise de conscience a été dure mais nécessaire pour savoir comment réagir au quotidien et arrêter de dire que ça va aller mieux et être à tes côtés pour t’écouter et partager avec toi ce que tu vis sans me voiler la face.

Le décodeur

Pour partager ton quotidien il a fallu déchiffrer les messages ! Au tout début tu as fait le choix de te recentrer sur toi même et a choisi de ne pas communiquer. Je me souviens de ces longues journées d’attente et de la joie de recevoir quelques mots dans un sms. Cette impuissance était invivable même si je la comprenais. Ensuite, il a fallu gérer ce que je peux dire a qui… Bon déjà il était difficile de comprendre ce qu’était cette maladie alors quand en plus il fallait répondre aux questions des autres ce n’était vraiment pas simple. Je savais que tu voulais rester discrète sur ce que tu vivais alors il fallait esquiver. Et un jour, je te dis que je ne sais plus qui a demandé de tes nouvelles et je me rends compte que ça te fait du bien de savoir que l’on ne t’oublie pas. Un autre jour, tu me dis, ok tu peux dire a telle personne ce que j’ai, avant de changer d’avis quelques jours plus tard… Selon les jours, tes souhaits tes envies évoluent et il faut savoir les décoder en te restant le plus fidèle possible 🙂

Le rapport à soi

Côtoyer ta maladie, tes douleurs, tes soins, tes médicaments il faut être honnête ça fait peur. Comme tu l’as déjà évoqué précédemment on vit toujours égoïstement la maladie des autres comme une « chance » de ne pas être malade soi même. Alors aujourd’hui j’ai pris la décision de ne pas vivre ça uniquement comme une chance mais également de tout faire pour éloigner le risque. Changer ses habitudes n’est certes pas chose aisée mais c’est important et le faire à tes côtés est plus simple aussi. Tu as inspiré mes nouveaux modes de consommation et de vie et même si au final chacun trouve sa combinaison personnelle l’important est de prendre soin de soi et de son avenir.

Les sentiments

La colère, l’incompréhension, la rage, la peine, la tendresse, l’amour, le dépit sont autant de sentiments que j’ai ressenti depuis ce mois de juillet 2013.
Je ne sais pas exprimer ce que je ressens,  c’est un de mes (nombreux) défauts et même si j’y travaille ce n’est toujours pas réglé. Alors comment manifester mon soutien, partager ma peine mais aussi communiquer mon envie de me battre avec toi dans ces conditions? J’ai fait le choix de proposer mes services pour tout et n’importe quoi et honnêtement parfois ça frise le ridicule…  J’ai dissimulé des câlins, des bises, par des petites attentions qui n’avaient que pour but de te dire je suis là tu peux compter sur moi parce que je ne peux pas te guérir mais je peux t’accompagner et c’est ma manière à moi de te dire que je tiens beaucoup à toi.

Les moments de grâce

Alors oui la maladie c’est nul mais il faut quand même dire qu’elle nous a permis de vivre quelques parenthèses. Qu’est ce que j’aime ces moments que nous prenons le temps de partager ensemble autour d’une bonne table, d’un café voire même autour d’un lit d’hôpital. La vie peut nous conduire à nous éloigner mais la maladie nous a rapprochées. Notre amitié a commencé il y a bientôt 9 ans avec un Perrier et surtout après un dîner chez Justine et aujourd’hui je suis heureuse de te compter parmi mes meilleures amies. Au moins de ce côté là nous l’avons emporté sur cette saleté d’insulinome !

Pleins de bisous »

Je te remercie mille fois Marion, pour tout. Pour ta présence à mes côtés, pour la mission réussie que tu t’es donnée de me faire rire, pour ta disponibilité, pour tes gentilles attentions délicates et aussi pour le fait que tu sois un lien entre nos collègues et moi-même malgré mes contradictions à ce sujet. J’ai mis du temps à me décider sur ce que je désirais partager ou pas avec eux : la peur de faire l’objet de ragots autour de la machine à café, la peur de leur incompréhension face à ma longue absence, la peur d’être licenciée trop vite si j’en disais trop (nous sommes tous interchangeables), mais aussi la peur d’être oubliée…je ne sais même pas ce que sont devenus mes effets personnels, mon mug et mon lapin dans la boule de neige, tiens. Il n’est pas évident pour moi de gérer cela et de trouver un juste milieu entre ce que je veux communiquer et à qui, et ce que je peux partager sans que cela ne me joue des tours ou ne compromette mon avenir chez A***. Une collègue a ainsi cru que j’étais anorexique, en raison de ce que lui avait raconté un autre salarié, c’est dire combien les propos des uns peuvent être détournés ! (Note pour plus tard : songer à écrire un post sur le monde (im)pitoyable de l’entreprise)

Si grâce à ma maladie des personnes comme Marion se remettent en question en adoptant un mode de vie plus sain, alors je suis heureuse d’être l’élément déclencheur de leur réflexion.

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La maladie agit sur ma vie comme le printemps sur la nature

Ma maladie m’a à moi-même permis de reconsidérer la vie autrement : la santé n’est jamais un acquis mais un beau cadeau de la vie. Nous pouvons « passer l’arme à gauche » sans signe annonciateur, alors mieux vaut-il savourer l’instant présent et profiter de la présence de ses proches tant qu’il en est encore temps. Si je n’étais pas tombée malade, sans doute continuerai-je à mener la même routine abrutissante, les journées de travail s’enchaînant dans l’attente du week-end, les semaines se ressemblant et se suivant dans l’attente des vacances d’été. Les années s’empilant en économisant pour sa retraite. Tous les jours le même trajet en métro en côtoyant les même personnes, le même nombre de marches à monter et à descendre en regardant ses pieds pour ne pas trébucher, sans prendre le temps de respirer. Les enfants grandissant sans que nous ne nous en rendions compte. Heureusement, j’ai été obligée d’appuyer sur le bouton « pause », et de creuser pour révéler ce que j’avais enfoui profondément sous les strates de mon quotidien. Sans ma maladie peut-être que je ne me serais pas posée de questions sur mon mode de vie et de consommation, je ne savourerais pas autant le peu de liberté que m’offre encore la vie, je n’aurais très certainement pas recréé de relations aussi fortes avec ma famille et mes amies, je n’aurais pas osé avoir avec eux certaines discussions profondes. Je n’aurais pas osé me lancer dans certains projets. Je regarde le verre qui s’est à moitié rempli en une année et demie et je me dis que ce n’est finalement pas si mal que cela, si j’occulte la douleur et les petites difficultés du quotidien. Finalement ma maladie m’a réappris à vivre.

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