Et vous dans tout ça ? (#Les autres / Julia)

M&S-368

Fut un temps où je regrettais amèrement d’avoir suivi des études juridiques. Mon travail extrêmement bureaucratique ne me plaisait pas, j’y allais à reculons, en traînant des pieds. Je me souviens de Stéphane me tirant hors du lit et moi, telle une enfant boudeuse, lui déclarant « je m’en fiche, je n’y vais pas ». Nous étions alors en 2010.

Tout à mon regret de ne pas avoir opté pour des études plus créatives, j’ai réalisé qu’il fallait que je me bouge si je voulais changer l’ordre des choses. Je me suis alors inscrite aux cours de « Coupe (à plat) -Couture », proposés par la ville de Paris.

Après avoir passé avec succès le test d’entrée, et j’y ai rencontré -dans l’ordre d’apparition- Federica l’italienne, Lola la française et Julia, la canado-brésilienne d’origine japonaise. Je croisais Julia de loin en loin, lorsqu’elle réussissait à se libérer pour assister aux cours et je la voyais discuter avec Lola. Comme à l’université, les amitiés se font et se défont selon l’emplacement choisi en début d’année. C’est pourquoi bien que Julia avait l’air fort sympathique, nous n’avions encore jamais eu l’occasion de discuter ensemble. J’ai décidé d’aller lui parler lors du dernier cours de couture. Nous avons très vite sympathisé et nous nous sommes vues régulièrement avec Lola. Aujourd’hui, je ne regrette pas ma décision.

Nous avons grandi et franchi certaines étapes de la vie au même moment. Nous avons eu toutes les deux des enfants, et Stéphane et Guillaume ont sympathisé. Julia est une personne foncièrement gentille, qui a répondu présente lorsque je suis tombée malade et qui a eu des petites attentions qui m’ont touchée (encore Merci pour la box surprise que Sandrine et toi m’avez concoctée lors de mon hospitalisation, et pour le film réalisé pour mon anniversaire!). Lorsque je vois Julia, je sais que je vais passer un moment agréable en sa compagnie et que nous allons parler de tout avec légèreté ou un peu plus de sérieux. Et c’est aussi un peu grâce à Julia que j’ai eu l’idée de passer un week-end à Provins…

Après Caroline, Sophie et Marion, Julia a bien voulu jouer le jeu et m’écrire ce joli texte que je partage avec vous aujourd’hui.

« En 2007, j’ai décidé d’apprendre à coudre. J’en avais toujours rêvé et là j’avais trouvé un cours qui allait m’apprendre à me débrouiller avec les aiguilles, les fils, les patrons. Surtout je ne m’attendais pas à ce que cette décision m’enrichisse beaucoup plus que d’un savoir-faire.

Pendant ces fameux cours de coupe couture, j’ai connu Magali et Lola. Magali était pour moi l’inconnue pétillante qui arrivait parfois en retard avec ses affaires de couture débordant de ses sacs, elle toujours avec un sourire. Lola était la fille sympa au contact facile, qui me déculpabilisait de mon incompétence à coudre. Le jour où nous sommes allées prendre un premier verre ensemble c’était en fait le dernier cours de coupe couture. Et le premier de plusieurs échanges, papotages et sourires.

Car avant tout, Magali me fait sourire. C’est l’image même d’une fille simple, heureuse de vivre et être en contact avec les gens. Cette image n’a jamais changé et parfois je me réprimande presque de penser à elle souriante, légère, alors que son quotidien lui pèse sur les épaules.

Magali m’a appris sa maladie sans alerter ni dramatiser, simplement en m’expliquant qu’elle passerait quelques examens pour sa santé. Quand j’ai compris de quoi il s’agissait, cela a été un mélange d’immense révolte, tristesse et incompréhension. Pourquoi, comment et de quel droit cette peste lui est-elle arrivée? Mais pourquoi, pourquoi?

Lola est partie vivre au Mexique pendant deux ans, et pendant ce temps nous sommes restées en contact. Ça a été très important pour moi d’avoir pu partager ma détresse avec elle, notre seule amie en commun à l’époque. Une maladie grave impose une pudeur vis à vis du malade qui s’entremêle de respect et maladresse. Ne pas savoir quand appeler Magali, ne pas insister pour la voir alors que son état me préoccupe et sa présence me manque, malgré notre toute jeune amitié. Avec Lola nous nous sommes inquiétées, nous nous sommes demandées quoi faire, comment rendre le quotidien de Magali moins lourd, comment être là sans envahir sa bulle.

Nos rapports seraient-ils pareils sans la maladie ? Pas sûr. Peut-être serions nous encore dans les jupes et tissus fleuris. Le fait est que cette injustice qui lui arrive nous a propulsées vers des sujets bien moins enfantins. C’est une propulsion vers un monde qui m’était jusqu’ici inconnu : celui de la crainte, des doutes, de l’impuissance, mais aussi de beaucoup d’espoir.

Magali aujourd’hui a une coupe courte qui lui va à merveille. Avant de commencer ses séances de chimio, elle s’était demandé s’il ne fallait pas essayer le coup de teindre ses cheveux en bleu, de les couper courts avant qu’ils ne tombent. La maladie a sûrement développé certains aspects de sa personnalité, son caractère et sa façon de voir la vie et les gens. Elle a quelque part mûri et grandi ces derniers mois, sculptée par un quotidien fastidieux et un combat tout aussi épuisant.

Avec la distance physique due a cette maladie dévastatrice, nous nous sommes moins vues, mais d’une façon ou d’une autre nous sommes toujours en contact et cette amitié m’est très très précieuse. On s’insurge toujours autour du centime économisé, on se file toujours les bons plans, on veut voir nos filles jouer ensemble. Rien n’a changé. Tout a changé. »

En lisant ce texte, je suis touchée d’apprendre que Lola et Julia, et d’autres également, se sont préoccupées de ma santé au point d’échanger à ce sujet entre elles.

Je réalise combien j’ai de la chance d’avoir des amies aussi gentilles, ce qui, en plus de la présence de ma famille, me permet d’éviter l’isolement dont certains malades sont malheureusement trop souvent victimes.

Julia m’a rappelée que j’avais sérieusement envisagé de me teindre les cheveux en bleu ou rose avant de les perdre. C’était l’occasion ou jamais d’avoir une couleur improbable. De plus, j’ai toujours aimé la coiffure de Meï dans la série australienne « Hartley coeurs à vifs », que je regardais adolescente 🙂 Et cela a été finalement tellement brutal que je n’ai pas pu réaliser ce vieux rêve. Dommage…

M&S-337

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La ville de Paris organise des cours municipaux pour adultes, souvent le soir, et qui sont réservés aux parisiens.

J’ai ainsi pu suivre des cours de coupe-couture, de broderie au crochet de lunneville, et d’anglais. Ces cours sont dispensés par de véritables professionnels qui travaillent pour des maisons de couture ou des ateliers, en ce qui me concerne. Ils sont très enrichissants et permettent d’envisager une reconversion professionnelle. Les cours sont variés, cela va de la pâtisserie, à la couture, en passant par la photographie ou la cordonnerie. Je vous les recommande vivement, car ils m’ont beaucoup appris et m’ont permis de prendre confiance en moi pour poursuivre dans ce domaine et pourquoi pas en faire mon futur métier !

http://www.paris.fr/cma

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