Créer pour exister, créer pour ne pas être oubliée.

IMG_1973Parfois, j’ai les doigts qui me démangent, qui se sentent un peu seuls. Ma machine à coudre me fait de l’œil, mes aiguilles à tricoter me lancent des appels de phare. Je suis en manque de créations, alors vite j’attrape mon crochet et ma pelote de coton. Je couds deux morceaux de tissus ou je plie du papier japonais et j’en fais des origamis. Je suis soulagée, je respire, cela va déjà mieux.

Et tant pis pour les livres entamés il y a des mois et pas encore achevés. Et tant pis pour les papiers à trier et les mails en retard. Je remets ces tâches à un peu plus tard. 

IMG_1746IMG_1967IMG_2019IMG_2020IMG_2017IMG_2013A la place, les ouvrages s’enchaînent, j’ai des projets plein mon sac, pour les copines, pour la famille, pour Roxane, pour Stéphane, pour moi, aussi. Je veux tout fabriquer tout de suite, plusieurs encours le démontrent. Une robe, un poncho, un châle, des projets de mobiles en origami, une housse pour mon iPad, des coussins pour le canapé, des doudous au crochet, un livre de recettes à tester et même un grand projet top secret patientent. Je fourmille d’idées. Ma to-do list s’allonge.

Malheureusement, mes journées sont bien trop courtes, même pour moi qui suis en arrêt maladie. Il faut dire que le matin je suis longue à démarrer avec ces douleurs qui me tourmentent. Et mes doigts me jouent aussi parfois de bien mauvais tours, c’est l’un des effets secondaires de la chimio. Ce qu’une personne en bonne santé va accomplir en deux temps trois mouvements me demande parfois plusieurs jours. Mais une journée sans créer est comme un rendez-vous manqué. Heureusement il me reste la soirée pour me rattraper, une fois Roxane mise au lit et la berceuse chantée.

Alors je me pose la question. Pourquoi est-ce que je ressens un tel besoin, une irrépressible envie de fabriquer des objets de mes propres mains ? Pourquoi donc est-ce que j’éprouve tant de plaisir à créer ? Je me suis assise pour y réfléchir l’espace d’un instant.

Évidemment, j’aime voir naître sous mes doigts des objets que je créé. Le travail manuel m’enchante bien plus que des tâches intellectuelles, il me permet de me vider l’esprit de toute préoccupation tout en restant concentrée, et ce depuis de nombreuses années. Ce n’est pas une découverte. Mais ces objets sont aussi la continuité de ma personne. Dans toutes les heures que je passe sur mes créations, il y a un peu de moi, de mes idées, de mes envies, des pensées qui ont traversé mon esprit, le plaisir que j’ai envie de faire à leur destinataire. A travers mes réalisations, il y a un peu de mon souffle que je transmets.
Car le temps m’est compté et je veux profiter de chaque instant où je me sens bien pour continuer à apprendre et accomplir des choses que j’aime. Et si je meurs demain, au moins aurais-je laissé derrière moi une petite trace, un souvenir matériel. Je serai contente que mon enfant conserve sa dame lapin et sa petite poire et se souvienne que je les ai crochetées pour elle. Je serai heureuse que les personnes que j’aime possèdent un objet fabriqué à leur intention, et qu’ils pensent un peu à moi à chaque fois que leur regard se pose dessus.
C’est peut-être une conception égocentrique et immature que celle de vouloir laisser une trace de mon passage sur cette planète, alors qu’on la surcharge déjà trop. Mais il m’est important de ne pas être trop vite oubliée. A travers mes créations, une part de moi-même subsistera.
Et puis, au delà de la notion de souvenir, il est nécessaire pour mon moral d’avoir des tâches à effectuer comme lorsque je me levais chaque matin pour me rendre à mon travail. Faire quelque chose de mes journées, être utile. Pour ne pas être que cataloguée comme la malade qui se fait soigner, pour pouvoir dire que moi aussi je suis occupée et que je n’ai pas le temps. Il ne me manque plus que les collègues et les verres pris après une journée de boulot.

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Ndlr.

♥ Deux des drôles de personnages qui dorment sont des doudous faits au crochet pour ma jolie nièce, l’un d’entre eux a été bien vite adopté, pour mon plus grand plaisir.
♥ Le troisième larron et le petit ourson trouveront leur place dans la chambre de mes nièces et de ma fille, chez mes parents à Dax.
Je me suis inspirée pour les petits personnages des tutoriels issus du livre Tendre crochet, en y rajoutant des bras. Et l’ourson provient du livre Amigurumis world d’Ana Paula Rimoli.
♥ Le coeur blanc au crochet est un cadeau pour ma marraine. Patron gratuit trouvé sur internet.
♥ Les origamis me serviront à réaliser deux guirlandes, une avec divers animaux, l’autre avec les étoiles 3D pour la chambre de Roxane. Le magnifique papier japonais vient de la jolie boutique d’Adeline Klam, boulevard Voltaire à Paris. C’est une chance pour moi d’habiter à proximité de cette boutique, car j’arrive encore difficilement à me déplacer en transports en commun, seule.
♥ Je viens de faire le point, j’ai sept doudous en commande. Je suis heureuse, c’est la première fois que je réalise un amigurumi pour quelqu’un que je ne connais pas. J’espère qu’elle sera satisfaite de ce doudou ! (fingers crossed)

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