Et vous dans tout ça ? (#Les autres / Jennifer)

photo JenniferSuperbe photo prise par François D. (Merci !) Ne me cherchez pas, je n’étais pas là.© François D.

Je me répète, je le sais, mais l’avantage avec les « graves » maladies,  c’est que la nature humaine se révèle dans son entièreté. Il y a les personnes qui fuient, soit en début, soit en cours de parcours (bon débarras) et à l’opposé, les personnes qui se révèlent, avec leur gentillesse et leur cœur en or.

Rien ne me destinait à me rapprocher particulièrement de Jennifer, que je croisais de loin en loin, à l’occasion de soirées organisées en Normandie par les copains d’enfance / adolescence de mon mari.

Je la trouvais d’agréable compagnie, plutôt rigolote, sachant manier le second degré avec dextérité. Nous avions même été invités à son mariage surprise (pour les invités, ni pour elle ni son mari, je vous rassure), précédant son mariage religieux, mais nous n’avions jamais eu l’occasion d’échanger sur des sujets plus profonds, car nous passions toujours en coup de vent.

Lorsque je suis tombée malade, Jennifer m’a un jour proposé de se déplacer de Normandie jusqu’à Paris afin de garder Roxane, si cela pouvait nous soulager. Je sais que ce n’était pas une proposition en l’air, qui n’engage en rien l’émetteur du message. Même si je n’ai pas eu l’occasion de faire appel à ses services jusqu’à present, j’ai été touchée par autant de gentillesse. Puis nous avons au fil du temps pris des nouvelles l’une de l’autre et je l’ai découverte.

Jennifer m’a elle aussi écrit un texte sur ce qu’elle ressent face à ma maladie, et je le partage avec vous aujourd’hui (avec son autorisation).photo jennifer bisIls sont beaux les mariés ! © François D.

« Je me souviens très bien de notre rencontre, de toi débarquant dans cette soirée où tu ne connaissais personne. Tu étais intimidée mais tellement souriante, énergique et tu avais un sacré répondant ! C’est ce caractère bien trempé qui m’avait beaucoup marqué et qui m’impressionne encore aujourd’hui. Au fil des années, je vous ai vu vous aimer avec Stéphane, vous épanouir, fonder un foyer avec la magnifique Roxane, et ce beau mariage est venu sceller tout ça !

La nouvelle de ta maladie est tombée, et bien sûr j’ai été sous le choc, bouleversée, hébétée. C’est avec une profonde tristesse que je pensais à ce que vous alliez devoir traverser et pourtant j’étais tellement loin de m’imaginer la dure, la vraie réalité. Je pensais à toi, jeune maman, jeune mariée et à cette injustice que tu devais ressentir, et que je ressentais pour toi. J’avoue avoir égoïstement fait le  rapprochement avec moi : nous avons le même âge, nos enfants aussi… J’ai alors réalisé à quel point le bonheur était fragile, à quel point la vie pouvait être dégueulasse.

Au départ je ne savais pas comment m’y prendre pour te dire « je suis de tout cœur avec toi », « si tu as besoin n’hésite pas » ou même un « comment ça va ?». Ces mots me semblaient tellement vides par rapport à ce que je voulais te dire. Mais la peur de te blesser, de dire quelque chose qu’il ne fallait pas dire, était trop grande. Finalement c’est toi qui m’a mise à l’aise. Pas de chichi, tu dis les choses comme elles sont ! A 30 ans, on ne s’attend pas à ce qu’une amie nous parle de chimio, PAC, embolisation, tous ces mots que personne ne devrait jamais avoir à entendre… Mais toi tu arrives à y mettre de l’humour, parfois noir, à briser le tabou, et cela devient plus facile d’en parler.

Et puis finalement, le mieux, c’était peut-être de parler d’autres choses, et ça nous a permis de découvrir tous ces points communs que nous avions toutes les deux. Maintenant, j’adore suivre tes travaux créatifs, partager mes passions avec toi et apprendre toujours plus sur le bien-être au naturel qui est devenu si important dans ta vie. Sans le savoir, tu m’as inspiré et tu as été à l’initiative de ma reconversion professionnelle. Tu m’as renforcée dans mon envie d’aider les personnes qui ont besoin de « décrocher » et de se sentir mieux dans leur corps, même l’espace d’un court instant.

Malgré tout, j’admets avoir une petite appréhension quand je prends des nouvelles de toi. J’ai toujours peur qu’elles soient mauvaises. Je me souviens comme j’étais contente qu’on puisse se promener avec nos petites familles respectives « comme si de rien n’était » et te voir dévorer une énorme gaufre sous le regard complice de ton homme et celui amusé de ta fille. Tu étais ravie d’avoir enfin retrouvé l’appétit. Mais dès le lendemain, tu étais de retour à l’hôpital…

Tu dis que tu n’es pas courageuse, que tu n’as tout simplement pas le choix. Moi je pense qu’il en faut du courage pour affronter tout ça et t’affirmer comme tu le fais à travers ton blog, tes belles photos et le clip où tu apparais… Tu as la force d’exprimer tout haut ce que beaucoup de personnes malades doivent ressentir sans jamais oser dire « merde ». C’est avec une grande admiration que je te vois mener ton combat, et je pense souvent aux tiens, j’espère qu’ils ont eux aussi des proches auprès de qui trouver du réconfort. Pour ma part, tu sais que mes propositions courent toujours et j’attends avec impatience de pouvoir partager avec toi tous ces trucs de filles qui doivent tant te manquer ;).

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J’ai mis bien des années avant d’avoir confiance en moi et c’est toujours avec un peu de surprise que je découvre le regard bienveillant que posent sur moi mes amies. J’éprouve même un peu de gêne face à tant de compliments ! Mais cela ne m’empêche pas non plus de publier leur témoignage ici…J’espère être à la hauteur de leurs attentes et ne jamais démériter. 

De plus, j’en profite pour remercier toutes les personnes qui, comme Jennifer, nous ont proposé leur aide, ou m’ont adressé des messages de soutien et d’amitié alors que je ne faisais initialement pas partie de leur cercle d’intimes.

La leçon que je tire de ma propre expérience, c’est que face aux épreuves que surmontent un membre de votre famille, un ami et même des connaissances -proches ou moins proches- il faut toujours faire preuve de bienveillance à leur égard, et ne pas hésiter à se rapprocher directement d’eux pour prendre des nouvelles, sans penser que l’on pourrait gêner car le moindre geste de sympathie est toujours bien plus apprécié qu’un silence radio.  Et cela peut permettre la naissance d’une jolie amitié. 

Également, même si ma maladie a fait d’elle-même le ménage autour de moi, je ne pense pas que la solution soit de fermer la porte aux personnes qui répondent aux abonnés absents. Cela peut aussi être de la maladresse, même si au terme de deux années de maladies je commence à en douter, venant de certains.


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