Elle et moi

Processed with MoldivLa maladie m’aura volé beaucoup de choses : ma santé tout d’abord, mais aussi mon autonomie, mon indépendance, ma vie sociale, mon job, mes projets, mes rêves de petit second, ainsi qu’une partie de la toute petite enfance de Roxane.

Alors je prends tout le reste, tout ce que la maladie m’a laissé :

La possibilité, lorsque je ne suis pas trop fatiguée, d’accompagner Roxane à l’école le matin avec son papa. Nous partons tous les trois main dans la main. Après avoir dit bonjour à sa maîtresse et à l’animatrice, placé sa photo dans l’école, Roxane choisit son livre et moi je lui lis l’histoire du matin, avant de l’installer à la table à dessin. Lorsqu’elle est prête, elle me dit que je peux la laisser, après un bisou et un petit signe de la main. Je pars sereine, je sais que sa journée va bien se passer.

La possibilité également, d’aller la chercher en fin d’après-midi, seule, parmi les autres mamans et les baby-sitter. J’aime ce moment où elle m’aperçoit. Ses yeux s’illuminent, elle vient vers moi tout sourire me raconter l’évènement qui l’a marqué. Elle me dit « j’ai de la chance, c’est maman qui vient me chercher ». Moi aussi, j’ai de la chance de pouvoir venir te chercher. Nous nous retrouvons toutes les deux, j’essaie de savoir comment s’est passé sa journée, ce qu’elle a mangé, avec qui elle a joué, comment s’appellent ses copains.

Et puis nous allons nous amuser au parc, sauter dans les flaques d’eau qui jalonnent le chemin, ou bien, et si elle a été bien sage et que je lui en ai fait la promesse la veille, je l’emmène faire un tour de manège plus bas sur la place. Elle a d’ailleurs une très bonne mémoire et ne manque pas de me rappeler à l’ordre.

Sur le chemin du retour, sa petite main glissée dans la mienne, je la questionne sur sa journée :

« – Qu’est ce que tu as fait de beau aujourd’hui ? Tu as dessiné ? La maîtresse vous a lu une histoire ?
– Je ne sais pas, moi.
– Et qu’est ce que tu as mangé à la cantine ?
– Du pain, de l’eau et c’est tout !
– Ah bon, c’est tout, tu es sûre ? Ah, d’accord. Tu veux aller au square ou tu préfères rentrer à la maison ? »

Chaque jour, inlassablement, je lui pose les mêmes questions et chaque jour j’obtiens les mêmes réponses : « je ne sais pas moi ».

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Processed with MoldivCe n’est pas grave, sa journée lui appartient. Et je suis tellement heureuse de la retrouver, de l’écouter et de prendre soin d’elle, comme toute maman en forme. C’est notre moment à toutes les deux, avant le retour de son papa. Ce moment là, il nous appartient et je n’ai pas l’intention de me le faire voler !

Les semaines de chimio, je dois laisser passer mon tour, pour mieux la retrouver ensuite.

Si je n’étais pas malade, je serais en train de courir et de sauter dans le métro en croisant les doigts pour ne pas être en retard. Je me dépêcherais de la ramener à la maison pour lui donner le bain pendant que son papa prépare le repas, ou l’inverse. Là, j’en profite, nous avons même le temps de jouer sur le canapé.

Alors certes, je ne rattraperai pas ces moments où elle a grandit loin de moi, où elle s’est exercée à la marche, où elle était malade et moi hospitalisée ou dans l’incapacité physique de m’en occuper, mais actuellement je suis présente, et je tente tant bien que mal de lui fabriquer de beaux souvenirs, pour la suite.

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